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Mutations de couleur du canari : deux gènes qui tuent en double dose

Le canari est le plus différent des oiseaux de cage — car il a été sélectionné non pour un seul but, mais dans trois directions distinctes : pour son chant, sa couleur et sa forme. Ses mutations se répartissent donc, elles aussi, sur ces trois branches. Mais le plus frappant est une mise en garde : les deux caractères les plus célèbres du canari tuent en double dose — exactement comme le gène de la houppe auriculaire de l'Araucana que nous avons traité chez la poule.

Canari domestique
Canari domestique au plumage jaune-vert · Photo: L. E. MacDonald, CC BY-SA 2.0

Nous avons posé les trois règles d'hérédité de la génétique des couleurs (récessive, dominante, liée au sexe) dans nos articles sur les mutations de la perruche ondulée et de la calopsitte. Les mêmes règles valent ici ; ce qui distingue le canari, ce sont ses gènes dominants létaux.

Les trois directions du canari

Avant de juger un canari, il faut savoir à quelle lignée il appartient, car les mutations prennent leur sens au regard de ces lignées :

Direction de sélectionCe qu'on jugeRaces d'exemple
ChantLa structure et la mélodie de la voixRoller, Waterslager, Timbrado espagnol
CouleurCouleur de fond + motif mélaniqueFacteur rouge, jaune, blanc, agate, isabelle
Forme/postureCorps, structure de plume, huppeBorder, Gloster, Fife, frisé, huppé

La plupart des mutations se trouvent dans les lignées couleur et forme ; le chant est, dans une large mesure, une affaire à part (ci-dessous).

Génétique de la couleur : fond et mélanine

La couleur du canari se compose elle aussi de deux couches — la même logique que chez la perruche et la calopsitte :

  • Couleur de fond (lipochrome) : jaune (sauvage), blanc ou rouge
  • Motif mélanique : noir/vert (sauvage), et des variétés comme le brun, l'agate et l'isabelle

Certaines mutations mélaniques diluent la mélanine ou la virent au brun ; quelques-unes (ino, pastel, la dilution agate/isabelle) sont liées au sexe — si bien que la logique « lire le sexe d'après la couleur » vue chez la perruche et la calopsitte fonctionne en partie chez le canari aussi. Pour la règle complète, voyez notre article sur les mutations de la perruche ondulée.

La section vedette : deux gènes létaux

Voilà ce qui rend le canari particulier dans cette série. Ses deux caractères les plus appréciés — un fond blanc dominant et une huppe — sont chacun un gène dominant létal en double dose. Autrement dit, une copie du gène embellit l'oiseau ; deux copies tuent l'embryon.

Le blanc dominant

Le canari a deux sortes de blanc : le blanc récessif (inoffensif) et le blanc dominant. Dans le blanc dominant, une seule copie rend l'oiseau blanc ; mais deux copies (blanc/blanc) sont létales — ces embryons ne peuvent pas se développer. Résultat : on n'accouple jamais blanc dominant × blanc dominant ; on marie toujours blanc × jaune. Sinon, un quart des œufs (la double copie létale) est perdu.

La huppe

La même règle régit les canaris huppés (par exemple la « Corona » du Gloster) : le gène de la huppe forme une jolie couronne en une seule copie, mais deux copies (huppé × huppé) sont létales. C'est pourquoi un canari huppé est toujours accouplé huppé (crest) × tête lisse (crestbred) — jamais huppé × huppé. Chez le Gloster, c'est l'accouplement « Corona (huppé) × Consort (tête lisse) ».

La même règle que l'Araucana

Ces deux exemples se comportent exactement comme le gène de la houppe auriculaire de l'Araucana chez la poule : un gène dominant qui pare en une copie et tue en deux. La règle pratique est la même dans les trois cas : n'accouplez jamais deux porteurs d'un gène dominant létal. Si vous le faites, même un cheptel d'apparence idéale donnera un faible taux d'éclosion — car un quart des œufs est perdu d'emblée.

Le canari rouge : pas une mutation, mais hybride + alimentation

Le canari « facteur rouge » n'est pas, à proprement parler, une mutation du canari. Le gène rouge a été introduit dans le canari par hybridation avec une autre espèce — le tarin rouge du Venezuela. Et le gène seul ne suffit pas : pour que le rouge s'exprime, l'oiseau doit recevoir une alimentation riche en caroténoïdes (alimentation colorante). Sans elle, un canari facteur rouge reste d'un orange pâle.

Le canari rouge est donc un cas intéressant où génétique et alimentation travaillent ensemble : porter le bon gène est nécessaire mais pas suffisant. Préférer les sources naturelles dans l'alimentation colorante (légumes et fruits riches en bêta-carotène) est plus sûr pour la santé que les additifs synthétiques.

Le chant : le caractère du canari qui n'est pas une mutation

Le caractère le plus célèbre du canari — son chant — n'est pas une mutation de couleur. Le chant est à la fois génétique et appris : un jeune mâle apprend son chant en grandissant, en écoutant un mâle « tuteur ». Un Roller chante en douceur, bec fermé ; un Waterslager évoque le bruit de l'eau ; un Timbrado espagnol est métallique et rapide. Dans la sélection de ces lignées, la couleur et la forme passent au second plan ; c'est pourquoi un bon chanteur peut être terne, et un oiseau au beau coloris peut mal chanter.

Sexer le canari

Le sexe est difficile à distinguer à l'œil chez le canari ; le signe le plus fiable est le chant (un chanteur élaboré et soutenu est en général un mâle). En période de reproduction, la forme du cloaque donne un indice, et pour la certitude on recourt à un test ADN. Si l'on utilise une mutation mélanique liée au sexe (comme ino/pastel), on peut aussi lire le sexe d'après la couleur, selon la logique de l'auto-sexage vue chez la perruche. Pour l'équivalent du même système ZW chez la poule, voyez notre article comment déterminer le sexe d'un poussin.

Pour les débutants

Si vous débutez dans l'élevage des canaris, la règle numéro un à garder en tête est la règle d'accouplement des gènes létaux. Accouplez toujours un oiseau blanc dominant avec un jaune, et un huppé avec une tête lisse. Pour une lignée de couleur, le jaune et le blanc sont des points de départ nets ; si le chant vous intéresse, rappelez-vous que sans un bon mâle « tuteur », les jeunes ne chanteront pas correctement.

Vous trouverez le déroulé de l'incubation et de la nidification dans notre article sur l'incubation des oiseaux de cage, et la logique de la sélection et de la généalogie dans notre guide de l'élevage des oiseaux de cage. Pour ne pas perdre le calendrier accouplement–ponte–éclosion, l'application Kuluçka Takip pose des rappels. Vous pouvez découvrir l'application ici.

Les autres articles de la série : les mutations de couleur de la perruche ondulée et les mutations de couleur de la calopsitte.

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Questions fréquentes

Dans combien de directions le canari est-il sélectionné, et comment ses mutations se regroupent-elles ?

Le canari est sélectionné dans trois directions distinctes : le chant (Roller, Waterslager, Timbrado), la couleur (facteur rouge, jaune, blanc, agate, isabelle) et la forme/posture (Border, Gloster, Fife, frisé, huppé). Les mutations de couleur se divisent en fond (lipochrome) et mélanine, et suivent les trois règles : récessive, dominante, liée au sexe.

Pourquoi ne faut-il pas accoupler un canari blanc dominant × blanc ?

Parce que le gène du blanc dominant est létal en double dose. Une copie rend l'oiseau blanc, mais deux copies (blanc/blanc) tuent l'embryon. On marie donc toujours blanc × jaune ; si vous faites blanc × blanc, environ un quart des œufs (la double copie létale) n'éclôt pas.

Y a-t-il un gène létal chez le canari huppé ?

Oui : le gène de la huppe est lui aussi dominant et létal en double dose. Dans un accouplement huppé × huppé, un quart des jeunes hérite de la double copie létale. C'est pourquoi un canari huppé est toujours reproduit huppé × tête lisse (crestbred) ; chez le Gloster, c'est l'accouplement Corona × Consort.

Le canari rouge est-il une mutation naturelle, et comment l'obtient-on ?

Le facteur rouge n'est pas une mutation du canari ; le gène rouge a été introduit en hybridant le canari avec le tarin rouge du Venezuela. Et le gène seul ne suffit pas : pour que le rouge s'exprime, l'oiseau doit recevoir une alimentation riche en caroténoïdes (alimentation colorante). Sans elle, l'oiseau reste d'un orange pâle.

Peut-on déterminer le sexe d'un canari ?

C'est difficile à l'œil ; le signe le plus fiable est le chant (un chanteur élaboré et soutenu est en général un mâle). En période de reproduction, la forme du cloaque donne un indice, et pour la certitude on recourt à un test ADN. Quand une mutation mélanique liée au sexe (ino/pastel) est utilisée, on peut aussi lire le sexe d'après la couleur.

Quelle est la différence entre canaris jaunes, blancs et rouges ?

C'est une différence de « couleur de fond » (lipochrome). Le jaune est la couleur sauvage ; le blanc est l'absence de pigment de fond (blanc récessif ou dominant) ; le rouge est la couleur de fond venue du tarin rouge du Venezuela, révélée par l'alimentation colorante. Le motif mélanique (comme agate, isabelle) se superpose à cela séparément.

Le chant du canari est-il génétique ou appris ?

Les deux. La base du chant est génétique, mais un jeune mâle apprend sa mélodie en grandissant, en écoutant un mâle « tuteur ». Sans un bon tuteur, même des jeunes à la bonne génétique ne chanteront pas correctement. C'est pourquoi, chez les canaris de chant, le milieu d'élevage compte autant que la génétique.

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